UN PODCAST
SUR DES FAITS DIVERS MACABRES
ET UN PEU OUBLIÉS…

Le squelette emmuré (II/III)

Dans un château de l’Yonne, Jean et Gilles, un couple de psychanalystes, ont découvert un squelette dans une tour restée murée pendant des siècles. Alors que Gilles est parti à l’aéroport pour accueillir son amie américaine, Shoshana, Jean a cédé à la panique. Aidé de Marguerite, sa fidèle gouvernante, il a ramassé les ossements avec l’idée de les enterrer près d’une chapelle isolée. Oui, mais voilà, Jean a eu un accident, sa voiture est tombée dans la rivière et il lui a fallu se débarrasser en toute hâte du squelette en vrac dans son coffre. Qu’a vu exactement le cycliste venu lui porter secours ?

Dans la voiture qui les ramène de l’aéroport, n’y tenant plus, Gilles déballe tout à Shoshana, sa vieille amie. La sinistre légende, les manifestations de type poltergeist, la découverte du squelette – tout est absolument enthousiasmant et confirme ce qu’elle avait ressenti confusément lors d’un séjour précédent. Elle aussi avait perçu une drôle d’atmosphère pendant la nuit… chargée… Oui, voilà, elle avait trouvé l’atmosphère… chargée !

Ils arrivent au château sur les coups de 23 heures. Tiens… la voiture de Jean n’est pas là, la porte est ouverte, la lumière allumée. Marguerite roupille sur sa chaise, la tête appuyée sur sa généreuse poitrine. Gilles passe au petit salon et appelle son compagnon, mais c’est Marguerite qui lui répond encore ensommeillée. « Monsieur Jean a décidé de les débarrasser des ossements pour éviter les ennuis. Il est parti les enterrer près de la chapelle du bois. » Et elle assène ça sans ménagement encore ! Gilles est éberlué – plus que cela, abasourdi ! – de découvrir que Jean a pris cette initiative sans lui en parler. Longtemps silencieuse, un peu gênée sans doute par la tournure soudaine qu’ont pris les événements, Shoshana finit par demander à Gilles à voir la tour. Elle est sensible aux énergies, assène-t-elle le plus sérieusement du monde à la gouvernante interloquée.

Alors les voilà dans la tour. Gilles a redescendu la lampe à pétrole pour mieux voir, parce que l’éclairage du couloir est un peu faiblard.

Shoshana fait un grand numéro, un show à l’américaine. Elle respire profondément et bruyamment, presque un râle, touche les parois, pose une oreille contre les pierres, fait chuuut, et encore chuut à chaque fois que Gilles fait crisser le sol sablonneux. Elle scrute, fouille par terre, et soudain, elle s’exclame « Ha ! », et remonte au bout de ses doigts une chaîne avec une petite médaille de la Vierge.

Photo de la médaille, pièce à conviction no 17G.

On dirait une chaîne de baptême, rien de moyenâgeux. Et une fois ôtée la poussière, on voit bien qu’il s’agit d’une chaîne en or qui a moins de 100 ans. Mais à qui peut-elle appartenir ? À Jean ? Non, Jean ne porte pas de chaîne de baptême, Gilles peut l’attester. À Marguerite ? Celle-ci secoue la tête de gauche à droite. Et puis la chaîne est courte, on dirait plutôt celle d’un enfant.

Soudain le téléphone sonne. C’est l’hôpital. Jean est à l’hôpital de Sens… accident de voiture… poussée importante d’hypertension… observation… service du professeur Vouet… visites demain matin. Lorsqu’il revient dans la tour, quelques instants plus tard, Gilles est blême, presque transparent. C’est grave ? Non, Jean a eu un accident de voiture sans gravité, mais ils préfèrent le garder un peu à l’hôpital, à cause de son hypertension. Mais ce n’est pas cela qui tétanise Gilles. Par une longue chaîne d’associations d’idées qu’il déroulera plus tard au tribunal – une de ces associations tarabiscotées dont les psychanalystes ont le secret, et sur laquelle nous reviendrons –, Gilles vient de penser à Poussin, le petit Gaston Poussin. Et si cette chaîne-là lui appartenait ?

Dans le canton, l’affaire du petit Gaston Poussin, 10 ans, qui s’est comme volatilisé, le 17 août 1946, est dans tous les esprits, même si, faute d’éléments nouveaux, l’affaire a été classée en décembre 1966.

La République de l’Yonne, édition du lundi 19 août 1946, mentionnant la disparition de Gaston Poussin.

Extrait du journal d’une radio locale du 13 décembre 1966. « Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, bonjour. Cela fait maintenant 20 ans que le jeune Gaston Poussin a mystérieusement disparu sans laisser la moindre trace. Kidnapping, satyre, accident… de multiples pistes ont été explorées par les gendarmes sans que jamais l’une d’elles ait pu aboutir. En l’absence d’éléments nouveaux, le juge en charge du dossier a annoncé le classement de l’affaire. Une nouvelle qui, à n’en pas douter, attristera autant sa famille inconsolable que les habitants de la région donneraient très choqués par cette affaire… »

Cette idée a hanté Gilles toute la nuit. Alors le lendemain, lundi 7 juin, il file en début de matinée à la bibliothèque où, avec Shoshana, il épluche les journaux de 1946 à la recherche d’informations sur l’enfant disparu. Puis, il raccompagne Shoshana au château et file, peu avant l’heure du déjeuner, à l’hôpital de Sens. Dans sa besace, deux-trois journaux et une petite radio portative, pour que Jean passe le temps.

L’infirmière lui a dit de ne pas rester trop longtemps pour ne pas le fatiguer, mais tant pis pour la tension, sitôt la porte refermée, il attaque. Mais qu’est-ce qui lui a pris d’embarquer le squelette ? Et où se trouve-t-il à présent ? Ses explications sont un peu laborieuses. C’est-à-dire qu’avec le recul, lui-même ne sait plus trop pourquoi tout s’est emballé ainsi. Pour tout dire, c’est l’affolement. Et il y a de quoi  ! Un squelette balancé dans la rivière… « destruction de preuves ou dissimulation de crime » hasarde Gilles. Mais ce n’est pas le pire, que Jean se cramponne au tensiomètre : Shoshana a trouvé dans la tour une médaille de la Vierge en or. Et Jean peut le croire sur parole, elle ne date pas du Moyen-Âge ! Elle a tout au plus cent ans. Ce n’est donc pas le squelette de la comtesse ou celui de sa bâtarde qu’il a balancé à la flotte. Jean est tétanisé. Il ne comprend pas ce qui se passe, mais chut ! L’infirmière entre pour reprendre l’attention de Jean. « 18, 11. Bon, très bien, la visite est terminée. Merci et au revoir, le patient doit se reposer. »

Charles-Auguste Dupin et le ministre D… dans une illustration de La Lettre volée (1844). Illustration de Frédéric Lix (1830-1897).
Selon plusieurs spécialistes, Dupin, créé par E. A. Poe est, à bien des égards, le premier enquêteur de l’histoire de la littérature.

Shoshana et Gilles passent l’après-midi à marcher dans la campagne. Rester dans le château à ne rien faire leur est impossible. Tout en marchant, ils passent en revue les derniers événements et échafaudent des hypothèses – certaines, plutôt farfelues. Une pie aurait-elle pu trouver la petite médaille en or et la déposer, disons, dans un nid fait dans la tour ? Par où serait-elle entrée ? Shoshana, qui a dévoré la littérature gothique dans sa jeunesse, hasarde qu’il y a peut-être un passage secret et que le propriétaire du squelette s’est trouvé enfermé. C’est une affaire pour Auguste Dupin, l’enquêteur d’Edgar Poe ! Mais quand même, où sont passés ses vêtements ? On aurait dû retrouver ses vêtements !

Gilles s’excuse de revenir à des choses très terre-à-terre, mais que va-t-il se passer si on retrouve des morceaux d’os dans la voiture de Jean ? Est-ce que Marguerite va tenir sa langue ? Ne faut-il pas plutôt convaincre Jean de tout raconter aux gendarmes ? Faute avouée à moitié pardonnée… Shoshana a bien une idée, quelque chose qui pourrait les aider à comprendre, mais c’est peu orthodoxe, elle le reconnaît bien volontiers.

Un peu avant minuit, Shoshana invite Gilles à la rejoindre dans le petit salon. Elle a le sens du décor, il n’y a pas à dire. Elle a allumé toutes les bougies qu’elle a pu trouver, une ambiance à la Barry Lyndon, film qui sortira quatre ans plus tard. Elle a découpé une large bande de papier sur laquelle elle a écrit les lettres de l’alphabet, et elle a disposé sur la table un verre destiné à glisser le long de cette bande de papier pour permettre la communication avec l’entité. Les voilà tous les deux installés dans une ambiance lugubre à souhait.

Une lentille spéciale, conçue pour la Nasa, a été utilisée, dans Barry Lindon, pour filmer à la seule lumière des bougies.

Dehors, la nuit est d’encre.

Service à thé du château. Pièce à conviction
no 8. Pour la petite histoire, il avait été offert au comte Archambault de Saint-Ange par le duc Georges de Kent.

Gilles et Shoshana finissent de siroter la camomille que leur a servie la gouvernante. Tout pourrait être paisible, évidemment, mais quelque chose d’un peu poisseux s’est répandu dans le château et dans les consciences. Déjà, une forte odeur de poussière, de bougies et de mort flotte dans la pièce. Shoshana est silencieuse, les yeux rivés sur le verre à liqueur renversé. Au milieu de la table, entre deux bougeoirs, elle a déposé la petite chaîne de Marie retrouvée dans la tour. La chaîne doit être le médium qui leur permettra de savoir qui gisait dans cette tour.

Après une grande inspiration un peu théâtrale, elle invite Gilles à poser le bout de l’index sur le verre. Elle fera de même. Et enfin, comme si elle cherchait à plonger au plus profond des tombeaux, elle interpelle les esprits du château.

Après quelques instants de calme complet, on dirait que la tapisserie murale vibre, comme si elle était parcourue de vaguelettes ou d’ondes sonores, car des murmures fantomatiques s’échappent du mur. Shoshana jette à Gilles un regard paniqué. C’est alors que le verre, animé d’une très subtile vibration, commence à bouger. C’est plus fort que lui, les jambes de Gilles sont prises d’un violent tremblement lorsque, d’une lettre à l’autre, d’une extrémité à l’autre, le message de l’au-delà s’écrit sous leurs yeux ébahis.

Salon parisien avec tables tournantes. Illustration de Ange-Louis Janet extrait du magazine L’Illustration 14 mai 1853.

A… S… U… L… G… H… I… M…

Le 78 tour de la Danse macabre retrouvé sur le gramophone des Saint-Ange.

Shoshana s’adresse à l’entité pour tenter de comprendre ce que ce message d’outre-tombe signifie. Mais pour toute réponse, à l’autre bout de la pièce, le gramophone se met en marche. Gilles ne comprend pas : le morceau de Camille Saint-Saëns…

On dirait qu’il est… à l’envers ! Mais à peine a-t-il eu le temps de digérer cette nouvelle manifestation paranormale que, couvrant alors la musique, des murmures s’élèvent et tressent en une voix. « Honte à vous mortels… Honte à vous… Vous serez maudits. » Shoshana n’a pas rêvé. La voix venait de la gueule, grande ouverte au-dessus d’elle : le trophée d’une tête de tigre accroché au mur.

Le trophée de la tête de tigre trônant dans le petit salon. Source inconnue.

Gilles et Shoshana sont pétrifiés par la peur. Leur cœur bat la chamade. Tout à coup, Gilles voit, stupéfait, la chaînette de Marie et le verre se mettre à flotter 50 centimètres au-dessus de la table. Les deux objets restent en lévitation pendant une poignée de secondes avant d’être brutalement projetés contre un mur où ils heurtent une vieille photo sous verre qui tombe au sol.

À l’instant même où le cadre de la photo se brise, et que retombent le verre et la chaînette, toutes les bougies sont soufflées. Shoshana, c’est plus fort qu’elle, pousse un hurlement !

Lorsque Shoshana se réveille dans son lit, vers les cinq heures du matin, et qu’elle descend au petit salon, Gilles est déjà là, tenant la photo extirpée du cadre brisé. Gilles la lui tend et lui demande si elle remarque quelque chose. C’est une magnifique photo, en noir et blanc, prise devant le château et un parterre de fleurs aujourd’hui disparu. Au dos, une date : 1911. On y voit le comte Archambault de Saint-Ange, raide, dans un costume à queue de pied et chapeau haut-de-forme, la barbe très fournie – tout est délicieusement suranné.

En arrière-plan, un peu floue, on voit la désormais fameuse tour, couverte de lierre. Shoshana pâlit un peu. Elle se tourne vers Gilles. Elle a l’œil, car au troisième étage de la tour, on devine une large meurtrière, peut-être une ancienne fenêtre, pas encore bouchée, celle-là. Mais alors, de quand date vraiment le murage de cette tour ?

À présent dans la cuisine, Gilles et Shoshana partagent un café. C’est Shoshana qui, la première, ose briser le silence pour évoquer leur incroyable expérience de la veille. Elle ne se souvient pas des lettres désignées par l’esprit, mais elle se rappelle que cela ne voulait rien dire. Ce matin, elle a une explication. Peut-être que l’esprit ne sait ni lire ni… Ou alors, le père de Jean, il a bien voyagé dans toutes les colonies, non ? Ce que Shoshana veut dire, c’est que cela ressemblait à un prénom un peu oriental.

Gilles opine du chef. Il n’a jamais fait de séance de spiritisme, mais ce qu’ils ont vécu était terrifiant, non ? Shoshana acquiesce. Une amie chamane lui a déjà raconté des histoires de ce genre, mais elle ne s’attendait pas à en vivre une pareille dans un petit village de l’Yonne. Et puis leurs langues continuent de se délier pour confronter leurs expériences. Et alors, ils se rendent compte qu’ils n’ont pas tout à fait vu la même chose. Et puis, aucun des deux ne se souvient de la façon dont il a rejoint son lit…

Dans les années 70, les émissions de radio et de télévision se multiplient, qui donnent la parole aux auditeurs et téléspectateurs.

Mais il est déjà 8 h et Gilles doit partir à la station de radio pour l’enregistrement de son émission en direct, La psychanalyse à votre écoute, coprésentée avec l’animatrice Annie. Les questions posées, les cas de conscience de l’époque feraient sans doute sourire les auditeurs d’aujourd’hui, mais il faut se remettre dans le contexte.

Adultère, homosexualité, qu’en dira-t-on ? Athéisme des enfants, engagement politique à gauche dans les familles de la petite bourgeoisie – tout pose problème, tout inquiète, alors les appels ne manquent pas. Ce jour-là, par exemple, une maman appelle parce que sa fille, Mireille, 18 ans, fréquente un homme beaucoup plus âgé, de surcroît, en prison. Et elle est enceinte ! Alors Gilles rassure, remet le désir et l’émancipation au milieu du village, tente ce qu’il peut pour rassurer la maman.

En fin de matinée, après presque une heure d’émission, un dernier appel : une vieille dame, Paulette. Alors quel était le problème de Paulette ? Eh bien, on a justement retrouvé l’enregistrement de l’époque. Un appel qui s’avère loin d’être anodin.

(extrait) « – C’est à présent au tour de Paulette, une fidèle auditrice de l’émission, me dit-on, qui ne sait plus comment affronter les lourds secrets de sa famille. Paulette, nous vous écoutons.

Dans ma famille, il y a de nombreux secrets, beaucoup de secrets, si vous voyez ce que je veux dire. Enfin déjà, il y a des histoires d’adultère, et puis il y a un homme qui cache qu’il est pédéraste et qui corrompt des hommes plus jeunes pour avoir des relations scandaleuses et contre-nature avec eux, si vous voyez ce que je veux dire. Et puis, je ne sais pas si je peux le dire, mais il y a cette femme également, cette femme qui vole aux enfants morts les petites médailles de Marie, si vous voyez ce que je veux dire.

Le psychanalyste de l’émission nous dira bien évidemment ce qu’il en pense, mais à première vue, c’est une famille particulièrement complexe que vous avez là, Paulette.

Oui, tous ces mensonges, tous ces secrets, c’est lourd à porter, vous savez. Je ne sais pas si je vais pouvoir rester silencieuse plus longtemps. C’est comme un squelette dans la tour…

Vous voulez dire ‘’dans le placard’’… Le standard me prévient que nous avons été coupés. Comme nous avions pris un peu de retard, je vous propose, cher Gilles, d’en rester là pour aujourd’hui. Et si Paulette veut nous rappeler la semaine prochaine, qu’elle n’hésite pas… Peut-être juste quelques mots sur le poison que peuvent constituer les secrets dans une famille… »

Sitôt l’émission terminée, Gilles se rue sur un téléphone et appelle le château. Shoshana décroche. Oui, oui, elle a entendu. Marguerite et elle étaient dans la cuisine et écoutaient la radio en épluchant des pommes de terre. Mais que voulait donc cette vieille ? Et qui est-elle ?

Le lendemain, le mercredi 9 juin, en fin de matinée, Jean sort de l’hôpital, la tension à peu près stabilisée avec une ordonnance et un quasi-bannissement du sel. Que sa tension soit retombée, voilà qui est étonnant, vraiment, tant les questions tournent dans sa tête. Les ossements sont-ils bien partis au fil de l’eau ? Et qu’est devenue sa voiture ? À qui appartient le squelette qu’il a balancé ? Et puis… et puis il a écouté l’émission en direct de Gilles ! Quelqu’un est au courant ? Est-ce un chantage déguisé ? Qui est cette vieille ? Il pense à Marguerite, mais Shoshana, avec qui il s’entretient ainsi tôt rentré au château, lui assure qu’elles étaient ensemble dans la cuisine pendant l’enregistrement de l’émission en direct. Mais alors, qui est-ce ? Le vieux à vélo qui aurait maquillé sa voix ? Mais comment saurait-il tout cela ? Est-ce l’ouvrier ? Mais il n’était pas là lorsqu’ils ont découvert le squelette ! Et parce que l’angoisse confine au délire, il se demande même s’il n’aurait pas parlé pendant son sommeil et ainsi alerté cette vieille teigne d’infirmière qui lui lançait des regards mauvais sans raison.

Dans le petit salon, le repas se passe en silence. Jean et Shoshana réfléchissent chacun dans leur coin. Ils sont méfiants, comme si quelqu’un peut-être les écoutait. Dans la cuisine, Marguerite récure ses casseroles, quand soudain, quelqu’un frappe au carreau d’une des fenêtres du petit salon un grand sourire timide sur les lèvres.

Shoshana rend son sourire à cet inconnu plutôt à son goût. Jean, lui, est interloqué : c’est Alex Scuter, l’ouvrier, qui se tient de l’autre côté de la fenêtre, tout sourire, revenu du chevet de sa mère. Faisant fi de toutes les règles élémentaires de savoir-vivre, Shoshana lui propose de se joindre à eux pour prendre le thé. Elle fait comme chez elle en plus ! Vraiment, cette Américaine est d’un sans-gêne ! L’ouvrier – appelons-le par son prénom, Alex – est plutôt timide, un peu gauche, sa tasse en porcelaine à la main, mais il s’anime malgré tout lorsqu’il parle de sa mère. C’est qu’il l’aime sa maman ! Bon, la santé de la vieille n’est pas brillante. Une fatigue chronique inquiète les médecins qui multiplient les examens.

D’un coup, on frappe. Trois grands coups contre le bois de la grande porte d’entrée. Un bref regard est échangé entre Jean et Shoshana. Cette dernière se lève comme un ressort et part d’un pas décidé ouvrir la lourde porte d’entrée. Personne. Elle sort sur le perron, jette un coup d’œil alentour. Décidément, personne. Personne, mais pas rien : sur le perron, une enveloppe sur laquelle est écrit « Pour les invertis ». Elle rejoint Jean et Alex, et tend l’enveloppe à Jean. « Tiens, je crois que c’est pour toi ». Dans l’enveloppe, il y a un message écrit au pochoir. « Je sais tout. Ce vendredi à minuit, au milieu du pont des Sorcières, avec cent mille nouveaux francs, vous ferez tomber le sac avec l’argent dans la barque attachée sous le pont. Sinon… » La suite n’est pas notée, mais ce n’est pas difficile de l’imaginer. Au dos du message, un petit os a été scotché.

Ils ont à peine le temps d’échanger un mot ou d’intégrer ce nouveau fait qu’on frappe de nouveau à la porte.

Mais ce n’est plus un podcast, c’est une pièce de boulevard ! Mais tout cela n’a rien d’un vaudeville, car c’est la gendarmerie qui a frappé à la porte, et plus exactement le capitaine Touchard, flanqué de trois pandores qui pénètrent directement dans le petit salon.

A partir des années 70, la gendarmerie française se dote de voitures très puissantes.

C’est le comte Jean de Saint-Ange qu’ils veulent voir, et même embarquer à la gendarmerie. Ils ont retrouvé des choses intrigantes dans la voiture accidentée. Que Monsieur de Saint-Ange veuille bien les suivre.

Jean s’avance. Alex, l’ouvrier, en profite pour glisser subrepticement l’enveloppe dans sa poche. Il était juste à côté et a vu quel regard paniqué Jean avait lancé en direction de l’enveloppe posée sur la table basse.

(à suivre)


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